Après les attentats, penser l’avenir

Après les attentats, penser l’avenir.

 

Bonjour
j’aurais voulu parler dans cette lettre d’information de cette victoire de Génération-Précaire et de ce décret qui plafonne le nombre de stagiaires par entreprise et qui signe 10 ans de mobilisation pour l’encadrement des stages.

Mais depuis vendredi, ce qui était déjà bien léger semble bien dérisoire.

Depuis vendredi soir, la sidération le dispute à l’inquiétude et l’incompréhension.

Mais l’agenda s’accélère entre formations de coalitions internationales et vote à l’Assemblée de la prolongation de l’état d’urgence avec en ligne de mire ce projet très inquiétant de révision constitutionnelle.

Personne ne peut prétendre avoir toutes les clés pour une réponse simple et unique. En revanche quelques pièges peuvent et doivent être évités à condition de lire, décrypter, réfléchir, échanger (sur Paris, rendez vous samedi dans le 10ème à ce sujet).

Voici donc quelques textes à parcourir mûrir et partager pour tracer ces pistes de réflexion, véritables armes intellectuelles contre les yakafokon-les-mette-en-prison et autre faucons-parte-en-guerre.
Une lecture ramassée tant que faire se peut dans ce communiqué mais voici pour vous faire votre opinion par vous-même.
N’hésitez pas à m’envoyer vos pistes !

Sur le terrorisme ces deux interviews cash du juge antiterroriste Trevidic (muté car ayant atteint le plafond des dix ans en poste).
Les 4 vérités du juge Trevidic (France 2), interview de 8 mn, ou cet article publié dans le Dauphiné Libéré.

Sur l’aspect diplomatique, « Le retour du Boomerang », par Jean-François Bayard (Libération), livre une analyse sans concession : « Les origines de ce 13 novembre sont aussi à chercher du côté de la politique étrangère de l’Europe et de la France ces quarante dernières années. » A commencer par la complaisance à l’égard des monarchies pétrolières qui ont financé ceux qui ont prospéré sur les décombres de l’Irak et de la Syrie, au point que l’organisation terroriste soit désormais financièrement indépendant grâce notamment à la manne pétrolière. Cet article (en anglais) du Financial Times illustre très concrètement comment Daesh peut gagner plusieurs centaines de millions de dollars par mois et comment jusqu’ici ni les frappes US ni les Russes ne visaient ces installations.

Ce billet d’un blogueur tisse également le lien des nombreuses contradictions tant sur le plan international que national. Tableau peut être un peu facile mais qui a le mérite de mettre 30 ans de politique en perspective.

Sur Daesh, ce long article de Courrier International fait plus ou moins référence et décrit une visée millénariste à prendre en compte, notamment puisqu’il livre des clés de lecture indispensables : les 200 millions de chiites désignés devant mourir car « l’EI estime que le chiisme est une innovation, or innover par rapport au Coran revient à nier sa perfection initiale. Ainsi quelque 200 millions de chiites sont menacés de mort.« . Ou le fait que de la même manière qu’Al Qaida avait qualifié la seconde invasion de l’Irak de « bénie »; Daesh attend l’arrivée de troupes au sol puisque c’est annonciateur de l’Apocalypse tant attendue. « Selon cette théorie, même les revers essuyés par l’EI n’ont pas d’importance. Dieu a de toute façon ordonné d’avance la quasi-destruction de son peuple. »
Un article incontournable.
Pour creuser, rendez-vous samedi ! Opération « Tous au bistro… pour discuter ».
Prochaines opérations ici https://www.facebook.com/univbistrotiere/

Face à cette folie, la réponse sécuritaire ressemble fort à un engrenage déjà vu et voué à l’échec. Je passe sur le caractère absurde d’opposer à celui ou celle, futur kamikaze qui a déjà mis de côté son humanité, la « menace » de le déchoir de sa nationalité. Il s’agit d’une mesure de communication à la fois inutile et contre-productive comme l’a expliqué Emmanuelle Cosse dans Libération. Dans son intervention au Congrès, Cécile Duflot a quant à elle développé la notion de désaffiliation, prélude à la radicalisation, et c’est cette désaffiliation que nous devons combattre « par tous les moyens nécessaires : l’éducation et la coercition, le renforcement des moyens humains consacrés au renseignement et la lutte contre les ghettos et les discriminations, la plus grande fermeté dans notre politique de sécurité et la plus grande détermination dans notre politique de cohésion sociale. »

Il n’est pas ici question de Bisounourserie ou de contester que des moyens renforcés sont nécessaires dans la lutte contre le terrorisme. Les moyens humains annoncés dans la police et justice sont archi nécessaires et ont fait cruellement défaut. C’est tout le problème de la vision dogmatique qui nous présentait le « non remplacement d’un fonctionnaire sur deux » comme la panacée.

Mais loin de prendre la mesure des changements nécessaires, la réponse semble n’être que sécuritaire. Le « vrai courage politique » c’est de dire que cette pente est dangereuse et inopérante. C’est l’éditorialiste Thomas Legrand qui le dit ici.
Le pire est à venir avec la réforme envisagée de la Constitution qui risque ni plus ni moins de rendre légal et permanent le recours à des mesures exorbitantes de notre état de droit.
Une question suffit pour rappeler qu’on ne devrait toucher à la Constitution, ce texte fondamental garant de nos libertés et de l’équilibre des pouvoirs, qu’en tremblant.
Cette question c’est : « qui sera président dans les années qui viennent ?« 

Ces deux analyses permettent de décrypter la menace: celle de Bastien François qui voit là un patriot act à la Française.
Et celle de Pouria Amirshahi, rare député avec les écologistes Coronado, Mamère ou Attard à avoir voté contre la prolongation de l’état d’urgence. Il y explique fort justement que notre arsenal législatif est suffisant et insiste sur le besoin d’utiliser nos forces différemment (ce qui rejoint au passage les recommandations de Trévidic).

Alors que toute la société civile s’interroge sur comment maintenir les mobilisations citoyennes avant et pendant la COP 21 alors que les marches sont malheureusement interdites (voici la proposition originale d’Avaaz), voici deux textes qui illustrent la nécessité d’un accord: en décembre, c’est l’humanité qui doit choisir une réponse au défi climatique global. La chronique de  chronique de Pascal Canfin sur l’articulation entre menace climatique et menace terroriste et celle de Corinne Lepage : « Le maintien et le succès de la COP 21 est une réponse à la barbarie de Daech »

ll faut rappeler que les victimes de la barbarie sont loin d’être uniquement françaises, aussi PowerFoule a choisi de rendre hommage à TOUTES les victimes de cette barbarie. Plus de 320.000 personnes dans le monde ont rejoint cet appel à signer ici pour une publication dans Le Monde ce week-end, campagne coordonnée avec différents mouvements dont WeMove.EU en Europe, MoveOn.org aux Etats-Unis, 38Degrees.org.uk au Royaume-Uni, Campact.de en Allemagne, Uplift.ie en Irelande, Skiftet.org en Suède, Aufstehn.at en Autriche, Progressi.org en Italie et PowerFoule.org en France.

Enfin puisque ces terroristes visaient aussi à nous faire cesser de rire, voici un des plus bels hommage que j’ai pu voir, sous forme de point d’information sur l’état de l’enquête par John Oliver, présentateur britannique. Si vous en avez d’autres, n’hésitez pas !

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