Intervention pour l’université de rentrée de la Nouvelle Gauche Socialiste

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Dimanche 4 octobre j’étais l’invité de l’Université d’été de Nouvelle Gauche Socialiste qui se lançait officiellement à cette occasion. Après Sergio Coronado et Sandrine Rousseau invités à intervenir dans des ateliers le samedi, j’étais invité à prononcer un discours pour le meeting de clôture de leurs universités.

L’occasion de saluer la création de ce mouvement de socialistes critiques vis à vis de la politique menée par le gouvernement, de tracer quelques points de convergences mais aussi de revenir sur un point de débat majeur à gauche : le projet européeen et la stratégie des pro-européens pour mettre fin à cette contre-révolution ordo libérale.

L’occasion également de lister des pistes de réflexion pour faire en sorte que si nos convergences sont comme je le crois et l’espère plus importantes que ce qui nous différencie, nous puissions travailler ensemble sur un projet commun pour les prochaines échéances.

Mon discours ci dessous.

Chers amis,

 

Devant cette salle, je veux tout d’abord remercier Liem et la Nouvelle Gauche socialiste pour leur invitation. Vous avez eu le courage d’acter de désaccords profonds avec l’orientation de votre ancien parti.

 

Comme avec la création du Front de gauche ou d’Europe Écologie en 2009, vous montrez que les frontières classiques de la vie politique ne sont pas inébranlables.

 

Votre acte de désobéissance est un acte de responsabilité, à mille lieux des tentatives désespérantes de l’appareil socialiste pour imposer par la menace un rassemblement de pacotille derrière la mésaventure gouvernementale.

 

Je veux également vous remercier car vous avez raison de nous rassembler à nouveau. Vous l’aviez déjà fait en mai 2014 lorsque vous faisiez entendre pour la première fois la voix des socialistes affligés. Vous prenez à cœur votre rôle de pont entre nos familles politiques. Vous avez raison car je veux croire que ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous sépare.

 

Déjà le constat nous rassemble. Nous assistons en ce moment même à la fin d’un monde. Le monde d’après guerre, celui de l’état providence, garant de la paix sociale est à feu et à sang.

 

La convergence des crises financières, sociales et environnementale est autant la conséquence que le révélateur d’une captation inédite des richesses et des pouvoirs par quelques intérêts privés. Ce 1% qui à l’échelle de la planète possède plus de la moitié de la richesse globale, et dont la rente repose en grande partie sur la finance et les énergies fossiles. Ce 1% qui fait qu’en France 7 milliardaires contrôlent plus de 90% de la presse.

 

Ce 1% n’a cessé de se renforcer depuis 40 ans. Malgré les crises pétrolières et l’alarme climatique. Malgré la succession de crises financières toujours plus violentes. A chaque crise, ces pouvoirs ont été pleinement soutenus par nos gouvernements. A chaque fois les responsables des crises ont évité toute mise en cause et ce sont les plus fragiles, salariés, ouvriers ou consommateurs qui ont payé l’addition sociale, économique et environnementale.

 

Depuis la fin des années 90, les gouvernements conservateurs et de la troisième voie ont fait le choix politique de l’inégalité au service du petit nombre. L’obsession pour la croissance du PIB a justifié toutes les non-régulations ou dérégulations, toutes les bulles financières et tous les scandales sociaux et écologiques. En France, les pouvoirs économiques ont pris le dessus sur un système politique et administratif ultra concentré. Notre tradition jacobine s’est retournée contre la population. Les conflits d’intérêts sont devenus légions et les intérêts de l’Etat se sont confondus avec ceux de nos champions industriels. Ces derniers ont pu agir en toute impunité. Protégés qu’ils étaient par nos gouvernements et une fierté nationale manipulée. Il faudra encore m’expliquer au nom de quelle fierté nationale je devrais me réjouir de la vente de Rafale à l’Arabie Saoudite alors que ce pays s’apprête à exécuter puis crucifier un jeune homme parce qu’il a manifesté y a quelques années contre le régime.

 

Ils n’ont jamais eu à s’inquiéter du bien être de leurs salariés ou du pays, la BNP, Areva ou PSA ont entraîné le contribuable dans des aventures lamentables. Le Diesel, l’EPR de Flamanville, le Crédit Impôt recherche, le scandale du Mediator, la gabegie des LGV, Notre Dame des Landes : tels sont les enfants du mariage incestueux entre la Vème République et les intérêts du 1%.

 

L’aspiration à vivre mieux de millions de nos concitoyens est passée à la trappe. Elle est devenue un slogan de campagne détourné au service du choix inégalitaire. Le « vivre mieux » est devenu le « travailler plus pour gagner plus », il a justifié toutes les lois sous la droite et est devenu la première justification de l’élargissement du travail du dimanche sous la gauche.

 

Plus le sentiment de dépossession et d’abandon des plus fragiles grandissait, plus il justifiait de franchir une étape supplémentaire. La théorie du ruissellement est devenue, même pour une partie des dits socialistes, le meilleur système de partage des richesses. Le ruissellement ? Cette théorie qui dit qu’il faut Aider sans contrepartie les actionnaires pour aider les salariés, aider les entreprises pour aider les chomeurs, aider les propriétaires pour aider les SDF, les parents pour aider leurs enfants plutôt que leur accorder le filet social du RSA. Tout y passe. La vérité c’est que rien ne ruisselle, pas même les miettes. ou juste ce qu’il faut pour contenir la demande de progrès social.

 

Le gouvernement de Manuel Valls et le socialisme de l’offre ont marqué en ce sens une rupture sans précédent dans l’histoire de la gauche française. Le « changement » qu’on nous promettait a laissé la place à un projet de protection des rentes. Dès son arrivée, le gouvernement s’est enfermé dans le culte de la croissance et l’idée de plaire aux marchés. En n’ouvrant pas de perspective d’émancipation individuelle ou collective, parce qu’elle n’endigue pas la montée du chômage, parce qu’elle refuse obstinément d’engager la transition vers un autre modèle de développement, la politique menée accroît le sentiment d’insécurité sociale et d’exclusion du récit national.

 

La gauche de gouvernement ayant renoncé au changement, la fracture sociale se creuse autant que le désordre climatique progresse. Pire, dans une société de consommation ou l’on confond l’être et l’avoir, la crise sociale à laquelle on n’apporte pas de réponse nourrit une crise identitaire : « qui suis je si je ne possède rien, ou si peu » ? Cette politique conduit le pays à la catastrophe nationale populiste. Le FN, en s’adressant aux millions de personnes qui se sentent dépossédées de leurs vies, a réussi à faire coïncider dénonciation de la corruption des élites, populisme islamophobe et sentiment anti-européen en une seule et même plateforme.

 

Le mépris voire la haine des politiques est aujourd’hui l’un des principaux moteurs du FN et de l’abstention massive. Nous la subissons tous. Cette défiance parfois légitime entrave nos batailles. Mais regardons le sort qui est réservé aux écologistes dans l’opinion. Certes nous y mettons du nôtre pour ne pas paraître sérieux, mais après tout nous n’avons jamais trahi nos promesses, nous n’avons jamais été financés ni par la Françafrique ni par Madame Bettencourt, nous n’avons jamais abandonné le discours de lanceurs d’alerte si bien que plus personne ne peut nier la question écologique et nous pouvons être fiers de beaucoup des avancées obtenues localement ou nationalement lorsque nous étions en responsabilité. Pourtant le désamour est grand, alimenté par un système médiatique plus enclin à raconter nos bisbilles internes qu’à relayer les alertes que nous lançons et les propositions que nous portons.

C’est France Info qui me dit que l’info du jour c’est le départ de tel ou tel plutôt que la circulation sur nos routes de 1 million de vehicules truqués par VolksWagen pour polluer et tuer avec la bénédiction du contribuable.

 

Ce mépris pour la politique, c’est notre fardeau. il ne laisse passer que les discours qui reçoivent l’étiquette non-conformiste. Ceux de Zemmour ou  Morano. Ceux aussi, différents bien sûr, d’Emmanuel Macron.

 

Je veux m’arrêter un instant sur le cas du jeune ministre et sur ses récentes déclarations concernant le statut des fonctionnaires. En s’attaquant à ce qui est malheureusement vu par beaucoup comme le privilège d’une corporation, il essaye comme personne avant dans un gouvernement dit de gauche d’associer la notion de modernité à un projet de démantèlement de la puissance publique. Son succès souligne nos défaites sur les champs de bataille de la pensée. Regardez Martine Aubry, quasiment ringardisée par sa seule réponse à l’ancien banquier. A travers elle, ce sont tous ceux qui défendent la nécessité d’une puissance publique, qui protègent les plus faible et qui préparent l’avenir qui son aujourd’hui accusés de défendre des corporations et des privilèges. C’est un piege terrrible.

Nous ne devons pas nous laisser enfermer dans une posture défensive sinon nous avons déjà perdu. Il en va de même pour la fiscalité, l’impôt ou la préservation des retraites et du système de chômage.

 

Nous devons mener pied à pied la bataille du sens et nous réapproprier les mots. La haine du politique a ouvert la voie à une grande arnaque de la pensée. Alors quelques soient nos choix stratégiques, Pour gagner, la gauche et les écologistes nous allons devoir nous réinventer. Nous réinventer pour réaffirmer le sens profond de nos engagements et pour remettre en phase nos projets politiques avec les attentes de ceux que nous prétendons représenter.

 

Chacun d’entre nous  nous détenons une partie de la solution aussi il nous faut accélérer la convergence des idées. Le projet qui doit en découler est encore à construire. Dans les années 70, les formations de gauche s’étaient accordées sur un programme commun. Aujourd’hui, avec les Français et pour les Français et la planète, je souhaite que l’on s’accorde sur un programme des biens communs.

 

Ce programme reste à construire mais la société regorge d’idées pour réparer notre pays et préparer son avenir. Plus que jamais, le lien est fait entre les enjeux sociaux et environnementaux. Le nom que l’on donne au projet politique qui en découle varie mais ce qui émerge du pays doit nous questionner. Je parle pour ma part d’une  écologie qui forge ses propres aspirations au diapason de celles des habitants de ce pays, en faisant de la lutte contre les inégalités une priorité.

Nos points de départ ne sont pas forcément les mêmes, mais la question est de savoir s’il existe un point d’arrivée commun: Je le dis devant vous qui créez aujourd’hui la Nouvelle Gauche Socialiste, je crois que seul un projet pleinement imprégné de ce virage écologique pourra renverser les pronostics médiatico-politiques.

 

Ce nouveau projet, c’est également un projet de reconquête de la souveraineté populaire et de réappropriation des choix. L’enjeu est simple. Les pouvoirs de l’argent et des énergies fossiles ne se gênent plus pour faire et défaire les lois et parfois les gouvernements. Ces pouvoirs doivent être contrés et remis à leur place, loin des lieux de décisions démocratiques. Réguler la finance, imposer la démocratie en entreprises, et plus généralement aller vers une VIème république font partie de ce projet de reprise en main citoyenne.

 

Ce travail de convergence, je suis heureux de voir qu’il progresse à l’occasion des régionales. Certes pas partout mais dans quelques régions et je pense notamment à Rhône Alpes Auvergne ou Midi Pyrénées Languedoc Roussillon où l’alliance des logos a fait place à une veritable dynamique citoyenne sur un projet partagé. J’espère qu’ensemble nous pourrons remporter cette région.

 

Je parle de convergence mais il me faut maintenant parler de ce qui ne fait pas consensus entre nous : le projet européen

 

Il se meurt sous les coups de l’ordolibéralisme de Wolfgang Schaüble et des ses amis. L’année 2015 et l’affrontement titanesque entre le gouvernement d’Alexis Tsipras et ses créanciers aura mis à nu la face sordide d’une gouvernance européenne confisquée par les égoïsmes nationaux pour imposer  la saignée austéritaire. Pro-européens, avec d’autres, nous souhaitions politiser l’Europe. Mais à défaut d’un rapport de force suffisant c’est à une plongée dans l’inconnue politique que nous assistons. Le bulldozer ordolibéral est lancé à pleine vitesse. La faute de François Hollande et de la social-démocratie est immense. En renonçant dans les premiers jours de sa présidence à renégocier le TSCG, Hollande a fait le choix de déserter la politique européenne pour mieux justifier son renoncement national. L’éclatement n’a jamais été aussi proche et c’est toute l’ambition des pro-européens sincères qui est ébranlée par cet échec cuisant. Aujourd’hui, ce sont toutes les familles politiques de gauche et de l’écologie qui sont sous tension et qui se demandent : « Comment mettre fin à cette contre-révolution qui s’est forgée sur les renoncements démocratiques de la construction européenne ? »

 

Je reste convaincu, comme le reste de ma famille politique, que le repli national reviendrait à une capitulation devant les pouvoirs de l’argent et du laisser faire. Je reste convaincu aussi, comme Yanis Varoufakis, qu’une sortie de l’euro serait un suicide économique et signerait l’arrêt de mort du projet européen. Je sais que tout le monde dans cette salle ne partage pas tout ce que je viens de dire. Alors que fait-on ?  La première étape est de respecter chacun de nos débats, sans chercher partout des Deroulède ou des Oui-Ouistes. La seconde est de savoir si un compromis stratégique est possible entre toutes les forces de changement.

 

Je souhaite que nous puissions nous rassembler pour marteler qu’il existe toujours une voie entre l’austérité meurtrière et la fin de l’Europe. Nous pouvons mener une stratégie de confrontation à l’échelle européenne, pour qu’un nouveau rapport de force permette un nouveau compromis politique européen, plus solidaire et démocratique. Cet objectif n’est pas inatteignable. Cette confrontation, Tsipras l’a menée seul, avec ses 180% de dette publique et ses 2% de PIB européen. Gageons que l’arrivée autour de la table des discussions d’interlocuteurs aussi courageux mais plus forts que le premier ministre grec créerait les conditions d’une réorientation politique de l’Europe. Ce nouveau rapport de force est nécessaire pour permettre à une réforme des politiques et des institutions européennes d’aboutir sans signer une victoire pure et simple des ordo libéraux. Cette stratégie de confrontation sera difficile à mener mais elle est à mon sens la meilleure voie pour faire gagner la démocratie, la solidarité  et l’écologie en Europe.

 

Mais pour cela il nous faut gagner prochainement.  Nos seules bonnes idées ne suffiront pas. Comme le dit Pablo Iglesias dans ses leçons politiques de Game of Thrones, nous devons avoir la force nécessaire pour entrer sur le terrain avec l’envie de gagner le match. C’est l’une des conditions de la crédibilité de toute entreprise politique. Les français ne s’engageront massivement que s’ils son convaincus de pouvoir ainsi faire bouger les choses.

 

Et pour nous renforcer, il faut nous laisser dépasser. Remettre en cause le confort que constituent nos partis et nos réflexes partisans et nous mettre au service d’un mouvement citoyen. Renoncer à nos avantages de classe politique pour qu’émerge une vague populaire capable d’éteindre l’incendie ultra-libéral et d’éloigner le nuage de fumée national populiste.

 

Il faut permettre aux citoyens de hacker la politique française et son moment phare : la présidentielle. Comme beaucoup, je suis lassé de cette élection et de son cortège de faux débats, de divisions factices et de promesses non tenues. Comme beaucoup je souhaite que ma famille politique y participe mais participe à quelque chose de grand qui fasse bouger les lignes. C’est dans cette esprit que je porte l’idée de primaires de l’espoir qui donneraient au plus grand nombre le droit de construire le projet, et de choisir le candidat qui en 2017 ira, sous le regard d’un Hollande à la dérive,  porter le flambeau du changement face à la dangereuse Le Pen et à Nicolas Sarkozy.

 

A ce stade il faut se rappeler la sagesse et le pragmatisme de Saint Exupéry « Dans la vie il n’y a pas de solutions, il y a des forces en marche : il faut les créer et les solutions suivent » nous disait-il..

J’ai compris que Nouvelle Gauche Socialiste se veut un pont entre les différentes forces pour faire émerger une coalition des gauches sociales, écologiques et radicales.

Je souhaite qu’on y travaille ensemble et le plus rapidement possible. Alors Mettons nous en marche !

Merci.

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