Insertion professionnelle ou logement – L’enfer est pavé de bonnes intentions

Attention billet de mauvaise foi.  Si vous êtes patient, vous trouverez cependant une belle opportunité de travail à saisir en fin de billet, profitez-en!

Ah lalalala « les jeunes »..;

Y en a des bien.

Y en a même « Des motivés »! Mais ils ont pas eu de chances, « issus de milieux défavorisés » alors du coup qu’est ce qu’on peut faire ?

Militer/voter pour qu’ils aient tous les mêmes droits, y compris le RSA, même à moins de 25 ans, que tous puissent ainsi bénéficier du minima social minimal ?

Ou instituer une école dite de la 2ème chance, qui fonctionnerait un peu comme une école idéale, c’est à dire avec peu d’élèves par classe, et une bourse mensuelle qui permet à chacun de se concentrer sur les études ?1 Non, déjà fait, et puis ça marche pas mal mais ça coûter cher, non on va faire autre chose.

Non.
On va plutôt créer une association pour aider les meilleurs bons élèves de milieux défavorisés avec des tuteurs et tout.

C’est l’Institut Télémaque.

Cela part d’une bonne intention. C’est monté avec l’appui de Valérie Pécresse en 2005. Pendant qu’elle donnait « l’autonomie » aux facs, c’est à dire le droit aux pauvres universités de compter elles-mêmes leurs bouts de chandelle, elle permet aussi aux grandes sociétés de soutenir quelques « bons élèves de milieux défavorisés ».

« l’Institut Télémaque poursuit des missions de tutorat en direction des lycéens et réunit de grandes entreprises aux secteurs d’activité divers autour de ce même but : PPR, Axa, Darty, Total, Schneider, Technip, Adecco, Accor, Rexel, Strategies & Corp et UBS. « 

Trop beau.

Et tellement plus simple (et moins cher) encore une fois que de mettre les moyens pour permettre à tous d’atteindre un bon niveau. Et puis ça fait un peu de pub au passage pour Axa et les autres, c’est toujours ça de pris.

Non, « l’élitisme pour tous« , enfin ceux qui sont sélectionnés, c’est beaucoup plus classe!

Un peu comme « Nos quartiers ont des talents« , belle initiative lancée par le MEDEF: plutôt que de sanctionner les discriminations, on va lancer le « Premier réseau d’entreprises pour l’égalité des chances ». Premier réseau, car, jugez du peu, il compte 600 « jeunes » inscrits en Seine Saint Denis. Et d’après leur belle plaquette intitulée Rapport d’activités 2011, ils ont organisé pas moins de 9 réunions en 2011. Truc de dingue. 16 permanents, 3 millions d’euros de budget pour… 1200 « jeunes » accompagnés jusqu’à « un emploi durable à la hauteur de leur qualification ». Le ratio est assassin et encore, évidemment, l’histoire ne dit pas si ces 1200 jeunes actifs ont touvé GRACE à l’association « Nos quartiers ont des talents » ou si elle n’a constitué qu’un des éléments de leur recherche. On peut sans conteste imaginer que c’est plutôt la 2ème solution;

Mais en attendant, quelle belle histoire. Cela encourage vraiment; Et montre que « quand on veut on peut ». Et puis, 2,5 millions d’euros (500.000 du public) pour que le MEDEF puisse dire qu’il oeuvre en faveur de « la lutte contre les discriminations, et vous savez quoi, la première discrimination, c’est l’orientation » etc.. 2,5 millions pour une belle publicité et un argument en plus pour d’une part écarter les accusations de discriminations côté employeur et attaquer l’orientation et le système éducatif d’autre part (qui méritent tous deux de belles réformes, mais pas celles préconisées par le MEDEF), ça fait pas cher et c’est rentable;

 

Pareil pour le logement! C’est cher les loyers, pfiou! Et les jeunes actifs sont mal payés, ils y arrivent pas! Que faire ? Contrôler les loyers, construire du logement social accessible, expliquer que non le logement n’est pas un bien spéculatif tout ça ?

Maaaaaaaaisssssssssss nooooooooooooooon! Espèce de soviet. Vous allez décourager Auteuil Neuilly Passy, ceux qui créent des emplois.

Noooon la solution c’est « le logement intergénérationnel ». Un vieux avec un jeune. Le vieux a l’appart, le jeune a rien, donc pour avoir l’appart on dira au jeune « occupe toi du vieux »; Tant pis si c’est un métier, tant pis si ça ressemble furieusement à du bizutage ou que les personnes assez désespérées par le marché du logement qui se tournent vers cette formule se voient imposer ces conditions hallucinantes:

Dans la “formule solidaire” est ce que je dois être là tous les soirs?
L’usage est de rentrer au domicile du senior entre 19 h et 20 h, vous disposerez au minimum de deux soirées libres par mois (à convenir d’avance avec le senior). Vous serez tout de même tenus de rentrer à des horaires raisonnables.

 

 

Je souhaite rentrer chez moi le week-end, puis-je m’inscrire ?
Oui, mais uniquement dans la formule conviviale.

 

 

Que veut dire accès à la cuisine ?
Vous aurez la possibilité de vous faire un diner et un petit déjeuner. Généralement un placard vous est réservé ainsi qu’une partie du réfrigérateur pour y entreposer vos provisions.
Attention : pas de grande cuisine et là aussi il faut s’organiser pour ne pas se gêner (pas de blanquette de veau ou poulet rôti le dimanche quand la dame reçoit sa famille !!)

Source: http://www.leparisolidaire.fr/wp/?page_id=41#3_1

Et tant pis aussi si ça permet de reporter la nécessaire réforme de la dépendance.

Les gens qui ont fait Mai68 doivent se retourner dans leur tombe. Ah ben non ils sont encore fringants. C’est même ceux qui avaient l’âge de « faire mai 68 » qui sont aujourd’hui au pouvoir qui tolèrent que ce genre d’initiatives se multiplient. Valérie Pécresse bien sur, toujours elle, qui a priori n’a pas fait Mai 68, mais aussi la Ville de Paris qui finance toutes ces associations.

 

Je ne dis pas que ces associations ne doivent pas exister; Mais qu’elles se financent comme elles le veulent, pas via des fonds publics. Et qu’on ne s’en serve pas d’argument pour reculer les réformes nécessaires qui elles, serviraient à l’insertion professionnelle ou à l’accès au logement de la jeunesse dans son ensemble, et pas 300 par ci, 500 par là.

Mais revenons à notre Institut Télémaque. Car on peut même faire mieux encore: dans cette mission de « contribuer à relancer l’ascenseur social »: prendre quelqu’un de jeune, ça lui fera une expérience.

Et quelle expérience!

Imaginez un peu: la déléguée générale part en congé maternité. Du coup ça fait plus de travail évidemment! C’est là que vous entrez en scène.

« Standard téléphonique, mise sous pli, saisie de données, relance téléphonique » plein de mission super intéressantes vous attendent!

 

Compétences requises : (et traduction)

  • rigueur et organisation (vous serez laissé-e à vous mêmes, on est déjà assez charrette comme ça, vous avez intérêt à être opérationnel-le)
  • autonomie et capacité d’initiative (voir plus haut)
  • maîtrise des outils informatiques (Word, Excel, Internet, Powerpoint, …) (nous on est largué depuis qu’on nous a changé Office 2003 en Office 2007, alors si vous pouvez rentrer vous mêmes les adresses mails dans le tableur, ça nous arrangera mais à l’occasion on veut bien que tu nous montres comment ça marche histoire qu’on puisse le demander à la personne qui vient après toi quand tu seras parti-e
  • bon relationnel (docile)
  • fort esprit d’équipe (petite structure : équipe de 5 personnes) (4 équivalent temps plein, et on va te faire bosser t’inquiète);

 

Bref, assistant chef de projet.
L’offre ici http://stage.lesechos.fr/Stage-Communication-Paris-institut-telemaque-assistant-e-chef-projet-144347.html
C’est beau comme une offre d’emploi en CDD (hé oui, congé maternité et surcroît temporaire d’activité);

Mais c’est un stage.  Merci à la personne qui me l’a signalée!

Et tant pis si Les Echos ne vérifient pas si l’annonce est en contradiction flagrante avec l’article 6 du décret du 29 août 2006.

Tant pis si à la place de ce stage, une personne aurait pu être prise en vrai contrat de travail, cotiser pour sa/nos retraite(s) et se servir de ce pied à l’étrier pour trouver un boulot ailleurs. Là ce sera quelqu’un en stage, avant un prochain stage, de toute manière cherchez pas, y a plus de boulots « juniors ». Mais y a plein de stages avec plein de responsabilités et de missions passionnantes, « au moins ça vous fera une expérience ». Toujours utiles les expériences, pour avoir une première expérience.

Tant pis pour l’emploi et la Sécu donc.

Tant pis tout court, après tout « faut bien l’organiser cette Journée nationale Télémaque, sinon comment voulez vous qu’on justifie notre activité? »

Tiens si vous l’avez pas lue, lisez « Jeunes de France Barrez-vous » tribune publiée dans Libé, fraiche et bien écrite.  Qui fait écho à « va-t-en mon fils », tribune de ce président d’université italien à son fils dont je parlais dans ce billet.

 

 

« Une société qui traite sa jeunesse de pareille manière est une société en déclin. »

Tribune déclinée en site internet, à suivre ici : http://barrez-vo2.us/site/

 

 

 

1) en tant que conseiller régional, je suis administrateur de l’Ecole de la 2ème Chance de Paris, plus d’infos ici : http://www.e2c-paris.fr/

1 commentaire sur « Insertion professionnelle ou logement – L’enfer est pavé de bonnes intentions »

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